
Par Isabelle Laporte -
Les patrons, surtout dans les PME, craignent souvent de prendre des vacances. Et pourtant. En prenant une pause, ils pourraient rendre service à leur entreprise.
« Les vacances, c’est quoi ça? », blague Daniel Chailler, en faisant un clin d’œil à son ancien mode de vie. Pendant ses 17 premières années en affaires, le président de Statopex ne s’est accordé aucun congé, si ce n’est l’occasionnel long week-end ou la journée de plus dans une ville de congrès.
Depuis près de quatre ans, M. Chailler se fait un devoir de prendre trois semaines de vacances l’été. Plus une semaine à l’automne et une autre au printemps. « Je demeure accessible, mais je ne téléphone pas au bureau. Pas question d’emporter de Blackberry à la plage non plus. »
Spécialisée dans le marketing de terrain, son entreprise compte une trentaine de salariés à ses bureaux de Laval et de Toronto, et au moins dix fois plus sur la route. On imagine la pression que M. Chailler se mettait sur les épaules lorsqu’il la voyait encore comme son « bébé ».
Les patrons, particulièrement dans les PME, ont souvent l’impression que leur compagnie va s’écrouler comme un château de cartes s’ils s’absentent, remarque Sylvain Tétreault, conseiller en relations industrielles agréé, du cabinet-conseil Blackburn Tétreault et associés, spécialisé dans le développement des gestionnaires.
De fait, Daniel Chailler se voyait indispensable. « Je me sentais coupable chaque fois que je partais. » Mais de voir des gens autour de lui, dans la même tranche d’âge, faire des crises cardiaques a provoqué une réflexion. « Je me suis alors pris un bon consultant externe, qui m’a permis de voir clair », dit-il.
Première chose, ce coach l’a amené neuf jours dans un camp de pêche complètement coupé du monde. Au bout de trois jours, M. Chailler en avait assez, mais il n’a eu le choix de rester. Méchante thérapie de choc!
Pendant ce temps, chez Statopex, la réceptionniste a réparti les appels qui lui étaient destinés. « Les employés ont été capables de prendre leurs responsabilités, a constaté M. Chailler à son retour. J’ai été content. J’ai réalisé que c’était peut-être moi le problème. »
Lorsqu’un patron s’absente pendant des vacances, typiquement courtes au Québec de toute façon, Sylvain Tétreault lui recommande de ne pas trop s’en faire. « On peut désigner une personne-ressource en cas de pépin technique important », précise-t-il.
Au-delà, il estime que ce serait commettre une erreur que de déléguer toutes ses responsabilités à une seule et même personne, surtout s’il faut faire un choix entre des subordonnés de même niveau.
« La majorité des gens n’acceptent pas d’être supervisés par quelqu’un d’autre que leur gestionnaire », remarque M. Tétreault. En choisissant un cadre plutôt qu’un autre, on risque de le mettre dans une position fâcheuse par rapport à ses confrères.
Les avantages de prendre un répit
Il y a le repos du corps et de l’esprit, bien sûr. Mais de plus, « quand on part en vacances, c’est là qu’on découvre qui sont nos leaders, affirme le président de Statopex. « Il y en a même qui ont de meilleures idées que toi », ajoute-t-il en riant.
Autre avantage : l’amélioration de la communication. Pour assurer une meilleure coordination des dossiers en l’absence du patron, chacun doit être au courant de ce que font les autres. Les gens apprennent à se parler. Une fois le chat parti, les souris dansent… ensemble. Tout le monde s’entraide, quoi, a constaté M. Chailler
Son consultant lui a expliqué que son job comme patron, ce n’était plus les ventes et les opérations, c’est-à-dire les activités les plus prenantes au quotidien. Aujourd’hui, M. Chailler se concentre sur la mobilisation de ses troupes et sur l’élaboration d’une stratégie globale pour son entreprise.
« Apprendre à déléguer m’a aussi libéré du temps pour faire du réseautage d’affaires », souligne l’entrepreneur. Une évolution bénéfique quand on connaît l’importance des relations dans la recherche de nouveaux contrats.
Avec l’arrivée de la nouvelle génération, on verra de moins en moins de patrons incapables de détachement, note Sylvain Tétreault. « Les jeunes sont prêts à s’entourer et délèguent de façon plus spontanée. Pour eux, il n’est pas question de travailler 60 heures par semaine et de vivre uniquement en fonction de leur travail. »
Qui a dit que sagesse ne rimait pas avec jeunesse?